Comprendre la douleur chronique : ce que la science nous apprend
- Entrainement RL

- 9 juill.
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Au Canada, 8 millions de Canadiens vivent avec de la douleur chronique, soit près d’un Canadien sur cinq. La proportion est encore plus importante chez les personnes âgées : près d’une personne âgée sur trois vit avec une douleur chronique. Ces chiffres sont frappants et pourtant, il s’agit d’un sujet qui demeure encore mal compris, tant par la communauté scientifique que par le grand public.
Mais que signifie exactement la douleur chronique? Qu’est-ce que la douleur et comment fonctionne-t-elle?
Nous savons que la douleur est l’interprétation que fait notre cerveau d’un signal nerveux envoyé par notre corps, tout en tenant compte du contexte physique, émotionnel et environnemental. Il existe plusieurs types de douleur.
Douleur nociceptive
La nociception est le processus physiologique par lequel un signal douloureux est transmis au cerveau. La douleur correspond à l’interprétation que le cerveau fait de ce signal.
Exemples de douleur nociceptive :
• Coupure
• Douleur articulaire
• Douleur musculaire
• Brûlure
Douleur neuropathique
La douleur neuropathique résulte d’une lésion ou d’un dysfonctionnement des structures nerveuses elles-mêmes, qu’il s’agisse des nerfs périphériques, de la moelle épinière ou du cerveau.
Exemples de douleur neuropathique :
• Hernie discale avec atteinte nerveuse
• Accident vasculaire cérébral (AVC)
• Sclérose en plaques
• Douleur du membre fantôme
Douleur nociplastique
La douleur nociplastique résulte d’une sensibilisation centrale ou périphérique du système nerveux, entraînant une dysfonction des mécanismes excitateurs ou inhibiteurs de la douleur. Il se produit alors une réorganisation du système nerveux qui mène à une mauvaise interprétation des signaux nociceptifs par les centres de gestion de la douleur. Les patients présentent souvent une perception altérée de la douleur, notamment sous forme d’hyperalgésie ou d’allodynie.
Exemples de douleur nociplastique :
• Fibromyalgie
• Syndrome du côlon irritable

La douleur chronique
La douleur chronique est une douleur qui dure généralement plus de trois mois. Elle persiste au-delà du temps de guérison normal de la majorité des lésions musculosquelettiques. Cela signifie que la présence d’une lésion n’est pas nécessaire pour continuer à ressentir de la douleur.
En effet, la douleur chronique est souvent un mélange de douleur nociceptive et de douleur nociplastique.
Elle comporte également fréquemment des composantes psychologiques et émotionnelles importantes qu’il ne faut pas négliger.
Est-ce que cela signifie que la douleur est seulement dans ma tête?
Non. La douleur est bien réelle, même lorsqu’il n’y a plus de lésion ou de blessure à proprement parler.
Nous comprenons aujourd’hui plusieurs mécanismes responsables de cette mauvaise interprétation des signaux douloureux. Nous avons également mentionné que les facteurs psychologiques et émotionnels jouent souvent un rôle important dans le maintien de la douleur chronique.
Prenons l’exemple suivant.
« Un travailleur de la construction s’est blessé au genou il y a six mois, mais n’a jamais réellement repris l’activité physique par peur de se reblesser. Il devient progressivement inactif. Avec le temps, son niveau de condition physique diminue et certaines activités deviennent plus difficiles, voire trop exigeantes.
Il entre alors dans un cercle vicieux : il évite davantage le mouvement, ce qui entraîne davantage de déconditionnement. Son genou n’est plus capable de tolérer certaines tâches pourtant simples du quotidien. Il ressent encore de la douleur et ne comprend pas pourquoi. »
La collaboration entre le médecin, la prise en charge des aspects psychologiques et l’activité physique devient alors essentielle. C’est également là que nous pouvons intervenir en tant que kinésiologues.
L’activité physique
L’activité physique est l’un des traitements les plus efficaces pour aider à réduire la douleur chronique selon la littérature scientifique.
Bien souvent, les personnes atteintes de douleur chronique sont déconditionnées. À l’inverse, certaines continuent de s’entraîner malgré la douleur, mais avec une gestion inadéquate de la charge d’entraînement ou des exercices.
Il a également été démontré que la proprioception des personnes souffrant de douleur chronique peut être altérée. Il faut donc exposer progressivement le patient aux stimuli douloureux à des intensités très faibles, tout en rétablissant un bon contrôle moteur.
Il s’agit d’un processus qui peut prendre du temps. Une partie importante de la récupération repose sur l’éducation du patient, qui apprend progressivement à mieux reconnaître et comprendre les signaux de son corps.
Dans les premières phases de récupération, les activités suivantes permettent d’agir sur la douleur et la perte de fonctionnalité :
• le renforcement musculaire;
• les exercices de contrôle moteur;
• les exercices de stabilisation;
• les exercices aérobiques;
D’autres approches, comme le tai-chi, le yoga, le Pilates, l’activité physique en milieu aquatique et certaines formes de thérapie manuelle, ont également démontré des bénéfices dans la gestion de la douleur chronique.
Une fois la douleur mieux contrôlée, il demeure pertinent de continuer à améliorer les capacités physiques du patient. En effet, il existe une relation entre la douleur et l’effort relatif. L’exercice permet d’augmenter la tolérance à l’effort, d’améliorer la capacité physique et de réduire l’effort relatif nécessaire pour accomplir les tâches du quotidien.
Plus simplement, plus notre capacité physique est élevée, moins les activités quotidiennes sont exigeantes et moins elles risquent de provoquer de la douleur.
Parmi les mécanismes impliqués dans la douleur, on retrouve les voies descendantes de contrôle de la douleur. Ces voies peuvent inhiber ou amplifier les signaux douloureux et utilisent notamment la noradrénaline et la sérotonine comme neurotransmetteurs.
Fait intéressant, ces mêmes neurotransmetteurs sont également impliqués dans la dépression. Les deux phénomènes sont donc fréquemment liés. La pratique régulière d’activité physique favorise justement la production de noradrénaline et de sérotonine.
Suivi et assistance psychologique
Il existe des thérapies psychologiques permettant d’agir sur les aspects comportementaux et émotionnels de la douleur chronique.
Parmi les plus reconnues :
Pleine conscience (« mindfulness »)
Approche basée sur la méditation, l’attention portée au moment présent, l’observation des sensations corporelles et l’acceptation sans jugement des pensées et émotions.
Thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
Approche visant à comprendre et modifier les interactions entre les pensées, les émotions et les comportements afin de développer des stratégies d’adaptation plus efficaces.
Médication
Finalement, une médication appropriée et un suivi médical sont souvent nécessaires dans la gestion de la douleur chronique. Une médication mal ajustée peut parfois contribuer au maintien ou à l’aggravation de la situation.
Que dois-je faire si je suis dans cette situation?
Maintenant que je comprends mieux le phénomène, puis-je me diagnostiquer et me traiter seul?
La douleur chronique est un phénomène complexe qui nécessite une approche multidisciplinaire et une implication importante tant des professionnels de la santé que du patient lui-même.
Il faut être rassuré : de nombreuses ressources sont disponibles. En tant que kinésiologues, nous sommes justement là pour vous accompagner dans ce processus.
Lexique
Vocabulaire psychologique
Terme | Définition simplifiée |
Kinésiophobie | Peur du mouvement ou de l’activité physique, souvent associée à un cercle vicieux entraînant davantage de peur et de déconditionnement. |
Comportement de persistance malgré la douleur (CPMD) | Tendance à poursuivre une activité malgré la douleur dans l’espoir qu’elle disparaisse éventuellement. |
Catastrophisation | Tendance à interpréter la douleur de façon exagérément négative, souvent associée à un sentiment d’impuissance. |
Hypervigilance | Attention excessive portée aux sensations corporelles et aux signaux provenant du corps. |
Vocabulaire physiologique
Terme | Définition simplifiée |
Facilitation périphérique ou centrale | Diminution du seuil d’activation des neurones après une lésion, entraînant une augmentation des signaux douloureux. |
Sensibilisation périphérique ou centrale | Maintien prolongé de cette facilitation, entraînant une réorganisation du système nerveux et une augmentation de la sensibilité à la douleur. |
Hyperalgésie | Réponse douloureuse amplifiée à un stimulus normalement douloureux. |
Allodynie | Douleur provoquée par un stimulus qui n’est normalement pas douloureux. |

Références
1. Santé Canada. (2023, 6 novembre). À propos de la douleur chronique. Gouvernement du Canada. https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/douleurchronique/a-propos-douleur-chronique.html
2. Santé Québec. (2025, 8 octobre). Douleur chronique. Gouvernement du Québec. https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/douleur-chronique
3. Association Québécoise de la douleur chronique. (2025). Ressources. Association Québécoise de la douleur chronique (AQDC). https://douleurquebec.ca/nosservices/ressources/#lexique
4. Leung, D. K. Y., Fong, A. P. C., Wong, F. H. C., Liu, T., Wong, G. H. Y. et Lum, T. Y. S. (2024). Nonpharmacological Interventions for Chronic Pain in Older Adults: A Systematic Review and Meta-Analysis. The Gerontologist, 64(6), gnae010. https://doi.org/10.1093/geront/gnae010
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7. Li, Y., Yan, L., Hou, L., Zhang, X., Zhao, H., Yan, C., Li, X., Li, Y., Chen, X. et Ding, X. (2023). Exercise intervention for patients with chronic low back pain: a systematic review and network meta-analysis. Frontiers in public health, 11, 1155225. https://doi.org/10.3389/fpubh.2023.1155225
8. Rasmussen-Barr, E., Halvorsen, M., Bohman, T., Boström, C., Dedering, Å., Kuster, R. P., Olsson, C. B., Rovner, G., Tseli, E., Nilsson-Wikmar, L. et Grooten, W. J. A. (2023). Summarizing the effects of different exercise types in chronic neck pain - a systematic review and meta-analysis of systematic reviews. BMC musculoskeletal disorders, 24(1), 806. https://doi.org/10.1186/s12891-023-06930-9
9. Campbell, Y. (2026, 16 mai). Réadaptation en contexte de douleur chronique (niveau 1) [Conférence]. Saint-Jean-sur-Richelieu, Québec. https://yvancblog.com/
10. Léon, L. S. (2024, mars). La prise en charge psychologique de la douleur chronique chez l’enfant. Ordre des psychologues du Québec. https://www.ordrepsy.qc.ca/-/la-prise-encharge-psychologique-de-la-douleur-chronique-chez-l-enfant



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